20160220_164418 Compte-rendu - Rencontre "Quête des origines : un long cheminement ?"
Compte-rendu – Rencontre « Quête des origines : un long cheminement ? »
Posté par CNA le 20 février 2016 dans Rencontres - Soirées

Rencontre CNA du 20 février 2016.
Paris 12e

« Quête des origines : un long cheminement ? »
Projection du film documentaire « L’enfant du diable » avec la présence d’Ursula Wernly Fergui et Marion le Roy Dagen

Elisabeth Blanchet habite à Londres et n’a donc pas pu être présente.
C’est elle qui est à l’origine du film. Elle faisait des photos d’enfants. Elle a fondé une association permettant à des orphelins de trouver des parrains en France. Avec l’aide de Dan Palimaru, ils ont pu reprendre contact avec ces orphelins 20 ans après.
Elle raconte cette histoire à Ursula en 2008 et lui montre son travail photographique. Très vite, l’idée du film est apparue. Et puis Marion quelques temps après est entrée en contact avec Elisabeth…

« C’est intéressant d’avoir quelqu’un qui ait vécu cette histoire. » Le tournage a commencé en 2013. Elles ont mis 2 ans… pour prendre le temps de se connaitre, de s’apprivoiser.

« L’idée c’était de retrouver les enfants de Popricani. »
Marion voulait rencontrer des orphelins et culpabilisait par rapport à sa situation d’adoptée.

Marion avait une relation compliquée avec Ana (sa « génitrice » comme elle l’appelait au début de ses retrouvailles) en raison de la barrière de la langue. Elle ne voulait pas non plus que le spectateur juge Ana. Marion ne voulait pas non plus qu’Ana témoigne, or Ana voulait s’exprimer. Quelque part, ce projet de film documentaire a sauvé leur relation explique Marion, car elle envisageait de rompre la relation avec sa génitrice, la barrière de la langue empêchant toute communication. La présence de Dan fut précieuse pour maintenir ce lien.

Marion et Ana

Dialogue entre Marion et les adoptés sur la quête des origines

* Qu’est-ce qui a déclenché l’acte de recherche ?
La mort du père adoptif (en 2013).
Quand Marion apprend que son père biologique est vivant.
A la naissance de son fils.

* Quelle relation avec les parents biologiques ?
Marion est retournée en Roumanie en juillet. Elle a présenté son époux et son enfant à sa famille biologique. Cela n’a pas été facile.
Marion évoque la place des grands-parents adoptifs/de naissance pour son enfant.

* Qu’est-ce qui a évolué pendant le tournage dans sa relation avec « ses géniteurs » et sa famille biologique ?
Durant la durée du tournage, Marion a pu accepter l’histoire de sa famille biologique.
Elle ne les juge plus. Elle les prend comme ils sont ; peut-être parce qu’elle est devenue elle aussi maman.
Elle garde contact avec eux.
Elle a pu faire la connaissance de sa demi-sœur biologique.

* Pourquoi insister sur les mots « géniteurs/parents » ?
« Géniteur » confirme qu’il n’y a pas de lien affectif. Au début, Marion ne savait jamais que leur dire.
Et au fur et à mesure, Marion a commencé à les appeler par leurs prénoms (Ana et Nicolae).
« Aujourd’hui, je commence à avoir des sentiments pour ma mère. Il a fallu mettre un sens avant de parvenir à les appeler ainsi et de les reconnaitre. »

Marion avoue avoir ressenti le besoin de leur donner de l’argent, comme pour « acheter leur lien ». « J’ai eu pitié d’eux. Mais ce n’est pas la bonne solution. »
Ana ressentait de la honte que sa propre fille lui donne de l’argent.

* La caméra ne rend-elle pas invisible le père biologique ?
La présence de la camera intimidait le père biologique.
Ana avait dit à Nicolae que sa fille était vivante.
Puis le père avait fait le choix d’en parler à sa propre famille. Ils attendaient que Marion vienne un jour. Son père l’avait inscrite dans l’histoire de sa famille.

* Comment les retrouvailles ont-elle été vécues par les parents adoptifs ?
Les parents de Marion avaient été choqués par la Roumanie et la dictature.
Selon Marion, c’était difficile de vivre sa quête des origines sans en parler à ses parents. « Retourner vers sa culture, son histoire, l’histoire du pays, ce n’est pas forcément avoir des réponses. »
Marion avait eu un long échange avec son père (adoptif). Elle avait été rassuré d’entendre ses conseils.
Marion a pris plusieurs mois avant de leur annoncer qu’elle avait retrouvé sa famille biologique. Lorsqu’ils ont su, ses parents adoptifs se sont sentis soulagés de savoir qu’il y avait une continuité. Marion a quand même noté une « dualité » entre sa mère biologique et sa mère adoptive. Quand sa mère adoptive a visionné le film, elle a beaucoup pleuré. Elle a compris l’histoire. Elle s’est sentie aussi trahie par tout ce système… Quelque chose d’assez perturbant pour Marion.

***

Marion se disait qu’elle avait perdu 6 ans en Roumanie, mais aujourd’hui, elle a changé de discours. Ces 6 ans l’ont aidé à être ce qu’elle est devenue aujourd’hui.
Marion ajoute qu’il est important d’être « au clair avec soi-même, de ne plus être dans cette colère », le fait de ne pas savoir, de ne pas comprendre son histoire.
C’est terrifiant la colère vis-à-vis de soi, de Ceausescu, de la Roumanie, de ses parents « biologiques… »
« Mais la colère peut faire avancer aussi. »

Marion a soif de liberté. Elle est « heureuse d’être adoptée ».
Il lui a fallu 25 ans pour commencer à avoir des réponses.

« Ce qui m’intéresse c’est de partir d’une démarche individuelle, pour la remettre dans l’Histoire de la Roumanie. »
« On part de quelque chose d’individuel pour s’ouvrir aux autres. »
« Et pourquoi ne pas aider les autres. »
Comme disait Nazir Hamad : « Cela fait partie de la thérapie, d’aider les autres. Le plus important c’est le chemin. »

Marion achève l’échange avec quelques conseils.

« L’objectif est de se retrouver nous-même.
La quête des origines, c’est une réponse sur soi, être dans un chemin d’acceptation et de réalisation sur soi, et s’aimer. Donner du sens. »
« Faire au cas par cas. »
« Etre à l’écoute, et avoir de la compréhension.
De ne pas mélanger ses émotions. »
« Il y a du même et du différent dans chaque histoire.
Ce n’est pas évident pour l’adopté d’exprimer ce qu’il veut. Arriver à demander de l’aide. »
L’enjeu pour les adoptés :
« avoir de l’information / bénéficier d’écoute et de disponibilité / améliorer l’estime de soi-même ».

***

Le Conseil National des Adoptés tient à remercier très chaleureusement Ursula Wernly Fergui et Marion le Roy Dagen pour avoir partagé ce moment, échangé sur ce long travail avec les adoptés présents lors de cette journée.